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Buena onda

Posted by Malika Marie on 4 décembre 2016 in À la fenêtre |

C’était une ville sans rien de particulier. Une place rectangulaire et une église pleine de lumière. Des rues en ligne droite qui se coupaient   perpendiculairement. Des vélos qui revenaient dans la poussière du sol sans bitume.

Et des sourires sur le visage des gens.

Dans les boutiques aux tissus multicolores, quelques objets en bois de cactus riaient de leur expatriation prochaine. De l’argent en bijoux aimaient à se réfléchir dans les glaces posées au hasard des vitrines. Des cartes postales promettaient le rouge et le feu, le soleil et le désert.

Mais pour cela il fallait sortir de la ville.

Sur la place verte, des arbres faisaient parfois de l’ombre aux bancs qui ronflaient de bien être. Le temps se suspendait aux branches dans l’admiration et l’orgueil des chaudes fins de journée.

Ceux qui n’avaient rien riaient et    partageaient avec les autres. Et des mots étaient laissés sur les murs pour mieux goûter la saveur des empanadas.

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Au musée

Posted by Malika Marie on 27 novembre 2016 in À la fenêtre, Vie publique |

Il n’y avait pas beaucoup de place, alors ils avaient utilisé tous les espaces. Il y avait dans le jardin des restes de fenêtres et de portes qui dataient des siècles précédents et qui prenaient la pluie régulièrement. Comme avant. Lorsque accrochées à leur maison maintenant détruite, ils luttaient dans l’anonymat pout protéger les habitants qui s’y trouvaient.

Dans le joyeux désordre de l’intérieur régnait l’humeur joyeuse de ceux qui avaient disposé les pièces.

Les cadres aux murs se succèdaient pour montrer les vies d’alors. Des peintures de simples gens côtoyaient un ancien gouverneur et Madame. Et là, juste à côté, le général menant la bataille. Un ancien plan de la ville et un Christ en croix du siècle suivant. Une frise chronologique remettait en ordre des artefacts qu’on ne trouvait pas dans les vitrines sombres.

Des vêtements du XVIIIéme siècle, la malle conservant au XIXème siècle le trésor de la province, un fauteuil du XVIème siècle. Importé d’Europe. Des armes en tout genre et des drapeaux. Ceux des ancêtres et ceux des ennemis. Et des peintures comme des photos, effectuées in situ dans des conditions complexes.

Respectons ce travail.

De l’autre côté du mur, les bancs d’une église détruite pour une autoroute et de la vaisselle venue d’Italie ou de Belgique. Les objets d’une élite qui prenait la peine de boire dans des verres et d’utiliser des couverts.

Un lit soudain sous un manequin habillé d’une robe bourgeoise du début du siècle. La tête nue et suspendu comme un fantôme, il ondule au fil du vent quand de nouveaux visiteurs ouvrent la porte.

Une dernière salle, un dernier capharnaüm. Un sourire supplémentaire et des explications engagées et éparses. Un secrétaire et un miroir. Les portraits officiels de tous les maires de la ville. Moustache, barbe et lunette. Un cadran qui indique à jamais dix heures vingt et qui a raison deux fois par jour. Une cuillère en argent dans une vitrine, un livre d’or sur un pupitre.

J’y ai laissé une date furtive et un souhait d’au revoir.

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Lions de mer

Posted by Malika Marie on 20 novembre 2016 in À la fenêtre |

Il avançait en s’appuyant sur ses quatre membres, grand et fier. Il s’approcha du jeune avec certitude. Et lui assena une gifle forte de sa nageoire encore humide.

Le jeune détourna la tête.

La crinière au vent et le cri sourd, il continuait l’assaut. Il voulait faire reculer cet étranger de son territoire. Lui faire comprendre qu’il était ici chez lui et qu’elles lui appartenaient. Il se déplaçait lentement, cherchant à atteindre le plus jeune à la gorge.

Il cria plus fort, et le son de sa voix se répercuta sur les parois des pierres alentours.

Des femmes, d’autres mâles et toute la jeune génération étaient allongés un peu plus loin. Ils profitaient du soleil sur les graviers agréables, et, parfois, s’en couvraient le dos d’un mouvement des nageoires. Le confort et la tranquillité d’une après midi de marée basse leur importait plus que la rixe naissante.

Il l’avait éloigné du groupe, à force de reculade.

Il s’opposa frontalement à cet adolescent qui s’imaginait pouvoir impunément s’approcher de sa vie et en voler discrètement un morceau. Il le repoussa du torse, l’obligea à entrer dans l’eau.

Il eu un soupir de soulagement en allant tranquillement vers sa place, en prince qu’il était.

Mais le jeune homme n’avait pas dit son dernier mot qui le surpris par derrière. Une dernière tentative pour la gloire et l’orgueil. La mâle puissant se jeta sur lui sans plus de retenue, il le faisait reculer de ses gestes lents et ses 500 kilos le poussaient hors d’atteinte de son groupe et des autres. Il l’obligea de quelques coups de têtes et de quelques morsures à perdre pied. Et dans l’eau, nageant promptement, le jeune s’en allait pour tenter sa chance un peu plus loin.

Le mâle alpha retourna près de ses femmes et traversa assurément son harem, vérifiant de ci et de là que tout était en ordre.

Il s’allongea.

Et en voyant le spectacle de la nature je fus certaine de m’être trompée : l’élection de la semaine dernière n’avait absolument rien changé.

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Belle Hélène

Posted by Malika Marie on 13 novembre 2016 in Rencontres, Vie publique |

Elle avait les cheveux clairs et la voix calme. Elle parlait par la fenêtre baissée. Elle demanda où. La direction et la force du vent. Elle partait vers ailleurs, je montai avec elle.

Elle s’appelait Hélène. Elle était jeune encore. Elle alluma la musique pour parler plus confortablement. Elle habitait ici et s’en allait où la vie la porterait. Il y avait là un homme qui l’attendait.

Quelque part avant la rencontre, elle avait quitté un travail qui finissait tôt. De l’autre côté de la montagne, là où je ne connaissais pas. C’était beau lorsque le soleil se levait et que tous les sommets scintillaient.

Elle racontait. Les chemins qu’il était facile de parcourir et ceux plus difficiles sur lesquels le temps nous jette. Elle demanda si tout allait bien.

Il y avait de la place pour mes jambes devant moi et pour mon sac à côté. Le siège était moelleux et la température agréable. La conversation me plaisait qui faisait oublier la musique de mauvais goût. J’avais presque fermé les yeux. Le sommeil heureux de celui qui est repu guettait.

Tout allait bien.

Elle avait les yeux qui souriaient dans le rétroviseur. Sa voix douce chantait sa vie sur de la pop presque forte. C’était comme dans un film lorsque l’on part à la découverte du personnage principal. Il se raconte et bavarde ses angoisses. Il se dévoile sans rien de plus, il nous projette vers la suite de la pellicule.

Nous savions déjà qu’il n’y aurait rien après. Elle me laisserait sur le bord d’une route, pas très loin de la prochaine ville, et elle me souhaiterait bonne chance pour l’après, pour la vie. Et je remarquerai pour la première fois ses traits fatigués sur le front et au coin des lèvres. Des rides qui ne portaient pas encore leur nom et qu’elle ne cherchait pas encore à cacher. Le souvenir furtif de quelques kilomètres partagés.

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J’ai voulu acheter des timbres

Posted by Malika Marie on 6 novembre 2016 in Nombrilisme, Vie publique |

J’ai voulu acheter des timbres. Je suis allée à la poste. C’était un grand hall de gare avec des guichets en file à gauche et des sièges inconfortables posés par paquets de douze en face, à droite.

Des écrans lumineux indiquaient des codes de lettres et de chiffres qui envoyaient les gens à droite et à gauche.

J’ai obtenu un petit papier indiquant A137. Je me suis retournée sur l’immense salle aux trois quarts vide. J’aurais aimé savoir si c’était tous les jours comme cela ou si, parfois, il y avait des piques d’affluence. Avec les gens qui parlent fort, le bruit qui résonne, et les courses dans tous les sens pour attraper le train avant qu’il ne s’en aille sans nous.

L’espace était silencieux, à peine perturbé par le bip violent des écrans lumineux qui appelaient le suivant.

Je me suis assise alors que le A136 était appelé. Guichet 4. Je me demamdais si le A désignait les Affaires de base. Les choses simples que le guichet 4 pouvait régler en quelques minutes. J’attendais patiemment.

Les numéros en C et D étaient appelaient sans interruption.

Je comptais que sur la quinzaine de guichets présents, seuls cinq fonctionnaient. Sept ou huit autres personnes étaient assises à des guichets sans jamais recevoir de clients. Jamais personne ne recevait un numéro en B.

Des gens sortaient qui étaient arrivés après moi.

Je pensais que A signifiait Affaires complexes et que personne n’avait l’intention de m’appeler. Je me voyais devoir demander à la fermeture si on m’avait oublié. J’attendais. Et l’employé au guichet devant moi se leva pour la sixième fois pour aller remettre du papier dans la photocopieuse et dans l’imprimante. J’avais compté.

Son travail achevé, il venait s’asseoir et discuter avec une collègue qui ne m’appelais pas.

Je constatais que sur la quinzaine de guichet, seuls deux à présent s’occupaient de clients. Les autres employés papillonaient soiriant. Il faisait frais dans l’après midi trop chaude et c’était déjà une consolation.

Une femme enceinte passa en priorité sans prendre de ticket pour envoyer un paquet.

J’étais là depuis trente-cinq minutes. Assise sur une chaise en plastique en bordure de rang parce que l’attente serait rapide : je voulais simplement acheter des timbres.

A137.

Je me levais très vite pour ne pas perdre mon rang. Je montrais très fière mon ticket à une femme qui s’en foutait. Je voulais cinq timbres. Pour l’Europe.

Elle me demanda une carte de fidélité. Je n’en avais pas et elle semblait déjà dépassée. Elle hésitait. Il me fallait quoi, déjà, au juste ? Cinq timbres pour l’Europe. Vous savez, pour coller sur les enveloppes.

Elle souffla.

Elle écrivit sur une feuille volante le chiffre 5 et farfouilla dans plusieurs caissettes sur son bureau. Elle indiqua quelque chose sur son ordinateur et me demanda de patienter. Elle parti à l’autre bout de la rangée des guichets. Elle parlait avec un collègue et me pointait du doigt. Je détournais la tête, mine de rien.

Au dessus de la sortie un immense panneau indiquait « attention au client ». Traduction libre.

Je me penchait légèrement en avant pour la voir revenir. Elle parla avec sa collègue. Celle assise juste à côté d’elle. Elle n’avait pas assez de timbres. Il ne lui en restait que deux. La collègue farfouilla à son tour dans des caissettes et des enveloppes kraft.

Il vous en faut combien, déjà ?

Je souriais en lui montrant cinq avec la main. Elle indiqua un prix à trois chiffres. Elle ne prenait pas la carte de crédit. Par contre, elle avait besoin dune pièce d’identité. Pour la traçabilité. Si jamais j’avais l’intention  de tuer quelqu’un avec mes cinq timbres.

Je payais en présentant mon passeport, sans bien savoir si elle allait pouvoir trouver les trois timbres manquants. Sa collègue s’activait sur son clavier et tendi par dessus la rambarde une feuille A4 et trois timbres. L’employée devant moi éternua à trois reprises.

Je lui souhaitais de bons souhaits.

Elle me remercia en attrapant les timbres et la feuille que sa collègue maintenait fermemant. Elle donna de l’argent à sa collègue qu’elle compta par deux fois. Et elle sortit à son tour une feuille immense de son ordinateur.

Elle me tendit les cinq timbres, les deux factures au format A4 avec trois lignes chacune et me souhaita une bonne journée. J’ai remercié pour l’attente, l’air climatisé, le coût de la vie et les deux factures.

Bref, j’ai acheté des timbres.

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Delfina

Posted by Malika Marie on 30 octobre 2016 in Rencontres |

Elle ronronne comme le moteur d’une moto quand elle monte la côte. Celle pour laquelle on prend beaucoup d’élan en espérant en silence que cela sera suffisant. Celle pour laquelle on ferme les yeux arrivé en haut, pour éviter la peur dans la descente.

Elle caresse comme elle frôle. Doucement, lentement, avec la grâce subtile de ceux qui n’ont pas besoin d’en faire beaucoup pout séduire. Elle charme tranquillement et rend en tendresse soyeuse tout ce qu’elle a pris de volupté.

Elle griffe comme une tigresse. Elle se fait les ongles sur la pierre et la peau comme d’autres le font sur les arbres et les roches. Elle se manucurie à la dur, pour la force de l’ongle et la poigne de la griffe.

Elle se balance comme le trapéziste. Les bras en l’air, son poids dans le vide, toute en légèreté. Elle montre qu’elle peut et qu’elle sait. Elle attend pour lâcher le bon moment. Pour que le numéro soit réussi et qu’elle puisse  retomber sur ses pattes.

Elle mange les abats saignants et crus en se léchant les babines pour ne rien en perdre. Comme les chats.

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La plante

Posted by Malika Marie on 23 octobre 2016 in À la fenêtre |

La plante capricieuse ne voulait plus servir la cause pour laquelle elle avait été plantée. Elle laissait là les fleurs et les senteurs, se contentant de s’étendre au gré de ses envies, avalant les kilomètres de ses racines goinfres.

La plante ombageuse refusait les commentaires négatifs et les impétueux. Elle les punissait de ses épines fortes en les enfonçant sans vergogne dans les doigts de qui venait y regarder de trop près.

La plante envieuse venait chatouiller de ses branches trop longues les arbres alentours et le ciel trop haut. Elle grimpait sur ce qu’elle pouvait, espérant volontaire pouvoir ainsi se grandir.

La plante rêveuse pensait supplenter les ordres divins et la tour de Babel. Elle refusait les limites et les menaces. Elle se riait de qui lui en parler. Elle avait tort mais l’ignorait. La plante heureuse imaginait un avenir en vert. Une grandeur inégalée et des envies d’ailleurs. Le soleil, elle connaissait. Elle aurait bien tentait la mer, pour voir.

Le plante tapageuse se montrait trop. Il est venu avec ses gants et ses ciseaux pour lui redonner une forme et l’obligeait à s’ouvrir. Il lui greffa des fleurs pour qu’elle réponde à ses désirs. Il lui coupa les têtes pour qu’elle redevienne décente. Il la fit saigner autant qu’elle se défendait. Et de cicatrices en épines, c’était lui qui gagnait.

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Le village

Posted by Malika Marie on 16 octobre 2016 in À la fenêtre |

Il y avait quelque chose d’ailleurs dans le bois des maisons et sur les devantures des magasins. Un air alpin, des saveurs alpestres et la montagne à l’horizon.

Le village se languissait le long de la vallée avec dans sa mémoire des mots venus de loin et qui au delà de l’océan s’écrivaient sur les murs pour faire rêver les autochtones. Des sons de pierres qui roulent et de roches qui s’entrechoquent sous les pieds des voyageurs curieux. Avec des accents hispanophones et chantant pour faire rire le soleil qui ici ne se cachait jamais.

Une rivière coulait le long des pentes douces, après les chalets suisses, dans le sons des cloches des vaches et des brebis. Le lait existait à Villa Belgrano, mais c’était la bière qu’on venait y chercher, artisanale et douce comme en Bavière sous les dirndl.

La géographie se mélangeait aux us et coutumes de régions qui se confondaient. Il était difficile de savoir dans quelle partie du monde se trouvait le village aux rues étroites et au beffroi haut. Les touristes s’y perdaient qui ne savaient plus que prendre en photo.

Il y avait des ressemblances avec tout ce qui existait ailleurs. Avec la saveur du chocolat et la senteur de l’herbe humide sur des rives chaudes et agréables. Avec cette Europe lointaine qui s’oubliait si facilement.

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Mensonges

Posted by Malika Marie on 9 octobre 2016 in Rencontres |

Elle expliquait avec des mots doux ce qu’elle aimait et appréciait. La douceur des paysages, la gentillesse des gens, le sourire sur leur visage, le soleil sur le ciel bleu. Elle chérissait la tendresse de l’herbe verte et l’âpreté du sable brûlant. Mais on ne peut pas tout aimer à la fois.

Elle mettait des points d’exclamation dans ses yeux et des points d’interrogation sur ses cahiers. Elle y écrivait des lignes entières pour les enfermer à jamais en rêvant secrètement qu’elles plairont à celui qui ne les lirait pas.

Elle mettait des smileys sur ses ordres  pour qu’ils chantent lorsque d’autres gueulent. Elle obligeait en faisant imaginer le libre arbitre. Elle faisait croire alors que sa volonté était sans faille. Elle savait ce qu’elle voulait et comment. Elle y parvenait en jouant à faire semblant. Sans rien n’écrire en gras et en oubliant les lettres capitales. Juste avec un faux sourire taillé dans une parenthèse.

Elle disait qu’elle regardait par politesse et par confort. Elle ne se souvenait pas ni de où ni de comment. Elle ne savait même pas quoi. Elle inventait des compliments vagues pour plaire à elle plutôt qu’aux autres. Elle les distillait au fil des minutes, avec la régularité de ceux qui mentent.

Tout devait plaire à qui l’écoutait. Elle aimait s’entendre parler et raconter. Elle lisait ces romans dont elle inventait chaque ligne. Elle les appelait mémoire et vie.

Sa vérité se maquillait de petites entorses qui rendaient les choses plus simple. La volupté feinte du yaourt, la douceur cachée de la crème brûlée que l’on fait craquer à la petite cuillère, le gâteau fait maison que l’on sort du congélateur dans son carton humide. Et tout le reste qu’elle peignait des couleurs de ses envies dans une farandole d’illusions amères.

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