Au trou

Elles portent des collants fins et des bottines en cuir.

Elles ont sur les épaules un manteau qui semble coûter cher dans sa mocheté. Elles l’ont vu porté par une autre dans les pages d’un magazine qui convainc les gens sans avis.

Elles ont décoloré leurs cheveux ensemble. Chez le même coiffeur. Pour qu’ils soient du même blanc pisseux. L’une avait eu presque honte, et elle portait maintenant une chapeau-casquette en moumoute, plus étrange encore que la couleur de ses cheveux. Elle entendait l’autre parler en jouant sur spn portable. Elle n’écoutait pas et ponctuer les silences de «mhhmmhhh » affirmatifs ou négatifs suivant les cas, ennuyés toujours.

Elle repérait un accroc sur son collant. Un début de filature dont elle ne voulait pas. Elle le faisait remarquer en s’écriant soudainement. « Oh merde ».

Adieu veau, vache, cochon.

Il en allait de son image, de sa fierté, de son orgueil. Elle passait et repassait ses doigts sur le début du commencement de l’horreur. La soirée n’avait pas encore commencé et déjà elle agrandissait le trou. Elle s’apitoyait sur son sort, elle était malheureuse. Elle piétinait dans son enfer, remarquant que son vernis, en plus, n’était pas parfaitement couvrant. Là sur l’ongle qu’elle venait d’utiliser pour frotter pour la énième fois le jour toujours plus apparent du collant.

On voyait l’ongle sous le rouge. Il aurait fallu faire une couche de plus, l’épaissir autant que possible, faire en sorte que cela soit beau.

Rien n’avait commencé et déjà elle n’en pouvait plus. Elle avait envie de pleurer, et les mots acides autant que consolant de sa comparse n’y changeaient rien. Elle était seule.

septembre 23, 2018

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