Belle Hélène

Elle avait les cheveux clairs et la voix calme. Elle parlait par la fenêtre baissée. Elle demanda où. La direction et la force du vent. Elle partait vers ailleurs, je montai avec elle.

Elle s’appelait Hélène. Elle était jeune encore. Elle alluma la musique pour parler plus confortablement. Elle habitait ici et s’en allait où la vie la porterait. Il y avait là un homme qui l’attendait.

Quelque part avant la rencontre, elle avait quitté un travail qui finissait tôt. De l’autre côté de la montagne, là où je ne connaissais pas. C’était beau lorsque le soleil se levait et que tous les sommets scintillaient.

Elle racontait. Les chemins qu’il était facile de parcourir et ceux plus difficiles sur lesquels le temps nous jette. Elle demanda si tout allait bien.

Il y avait de la place pour mes jambes devant moi et pour mon sac à côté. Le siège était moelleux et la température agréable. La conversation me plaisait qui faisait oublier la musique de mauvais goût. J’avais presque fermé les yeux. Le sommeil heureux de celui qui est repu guettait.

Tout allait bien.

Elle avait les yeux qui souriaient dans le rétroviseur. Sa voix douce chantait sa vie sur de la pop presque forte. C’était comme dans un film lorsque l’on part à la découverte du personnage principal. Il se raconte et bavarde ses angoisses. Il se dévoile sans rien de plus, il nous projette vers la suite de la pellicule.

Nous savions déjà qu’il n’y aurait rien après. Elle me laisserait sur le bord d’une route, pas très loin de la prochaine ville, et elle me souhaiterait bonne chance pour l’après, pour la vie. Et je remarquerai pour la première fois ses traits fatigués sur le front et au coin des lèvres. Des rides qui ne portaient pas encore leur nom et qu’elle ne cherchait pas encore à cacher. Le souvenir furtif de quelques kilomètres partagés.

novembre 13, 2016

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