Cette famille

famille_middlestein[Recension]

C’était un jeu des sept familles. Des cartes avec Grand-père souriant et Grand-mère bien en chair. Des mots légers échangés autour d’un verre sur une table où les miettes restent. Avec ses surprises et sa prévisibilité. Dans la famille Middlestein, je voudrais Emily.

Jeune encore, prête à mûrir. Elle se cache tout en se découvrant. La vie devant elle, à dévorer à pleine dent. En espérant, sans trop d’envie, le bras dans le plâtre. Elle découvre les angoisses et perd la naïveté. Doucement, en accéléré. Un service en trois plats. L’insouciante. La chiante. L’absente. Restons-en à l’entrée, et pioche.

Dans la famille Middlestein, je voudrais Josh. Le frère qui rêve de l’exploit. Pas assez grand, pas assez fort. Il ne se satisfait plus des salades mais ne trouve pas encore la solution. Il dansera, comme Victor. Le temps d’un repas de famille et d’une fontaine au chocolat. Un sourire sur les cookies.

Pioche.

Dans la famille Middlestein, je voudrais Benny. Ses joints après dîners et sa tonsure qui apparaît. Je voudrais sa maison et son bien-être. Les problèmes en moins. Pas d’Harry Potter en guettant le frigidaire. Pas de salade verte ni de salsifis. Tout devait avoir une fin. Les souhaits aussi.

Pioche et fais un vœux. Dans la famille Middlestein, je voudrais Rachelle.

Belle plante aux conseils avisés. La perfection, la nutrition. Weight Watchers et rendez-vous médicaux. Prévention légumineuse. Gâteaux sans sucres entre les repas. Mariage réussi qui ne retient pas son homme par la queue de la casserole. La nourriture sera mangée, de toute façon, alors pioche.

Dans la famille Middlestein, je voudrais Robin. Un verre à la main, le cœur au bord des lèvres. Elle voudrait tellement qu’elle ne part pas au combat. Elle veut gagner la partie, aider sa mère et n’a que ses larmes pour pleurer. Elle boit pour oublier qu’elle a bu. Et elle court, pour oublier qu’elle va boire. Pioche avec caractère. Tu la trouveras.

Dans la famille Middlestein, je voudrais Richard. Avec ses rugelachs et ses pizzas à emporter dans une chambre d’hôpital. Avec le temps entre les deux. Trop long.

Pioche.

Le couple qui avait vécu et qui faisait sourire amer. Pas de cris ni de déchirure. Des larmes qu’on ne voit pas. Des douceurs plus sucrées que salées. Des souvenirs qu’on n’oublie pas. Les pâtes en Italie, le hamburger aux États-Unis. Un voyage entre les âges, le long de la vie à deux. Entre cuisine et resto.

Dans la famille Middlestein, je voudrais Edie.

Une séparation qui pése sur l’estomac. Des épices qui agitent le palais. Un magicien aux couleurs gingembrées. Et des sensations qui gagnent tous les membres. Héroïne malheureuse pour qui on offre un buffet. Manger pour se rappeler, pour oublier. Juste manger.

Pioche.

C’était un jeu à une seule famille. Un arbre généalogique au grand complet. Une tante avec son futur mari. Un enfant qui ne viendra pas. Une autre qui partira à New York. Avec la mère qui rencontre quelqu’un avant que le père ne se remarie. Un veuf, c’est si touchant. Avec les morceau du puzzle qui ne rentre pas sur les cartes. Des arrières grand-parents qui auraient pu avoir des prénoms. Pour qu’on puisse en discuter, autour de la table.

Attenberg Jami, La famille Middlestein (ici : tradruit de l’américain par Karine Reignier-Guerre, Les Escales, 2014 Paris)

janvier 25, 2015

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