Crise

Il faisait soudain très froid dans la petite pièce sans air climatisé. La sueur perlait sur sa peau de braise. Elle se frayait un chemin entre ses poils hérissée par la chaire de poule. Elle tremblait vaguement, elle avait froid dans la chaleur de l’été moite et sans souffle.

Elle sentait une déflagration qui partait du bas de son ventre et se répercutait dans l’ensemble de son corps. Elle entendait des voix dans sa tête qui lui disait de partir, de s’échapper, de s’enfuir. Elle voulait quitter son corps qui bougeait mal et la faisait souffrir.

Elle se leva dans un soubresaut.

Elle tituba jusqu’à la porte.

Elle tourna la poignée.

Elle s’écroula sur le sol froid.

Elle avait chaud dans l’air presque frais de la cage d’escalier. Elle ne bougeait pas, allongée, informe sur le carrelage. Ses lunettes avaient volé. Son genou s’était ouvert. Des perles de sang tachait son pantalon clair, sous son corps trop lourd pour être soulevé.

Le douleur la réveilla. Elle se levait sans comprendre. Elle mit ses lunettes et appela l’ascenseur. Elle arriva dans la rue en jaune et blanc. Elle ne distinguait plus les couleurs. Elle n’entendait pas les mots. Elle ne voyait pas les gens qui s’éloignaient d’elle, le regard suspicieux.

Elle avançait en titubant. Ses genoux se pliaient mal. Ses doigts étaient figés, ses yeux étaient fixes. Elle approchait sans savoir comment du métro. Son corps ne répondait plus à rien. Son esprit ne fonctionnait plus. Son être était une douleur éternelle qu’elle combattait en traînant les pieds vers la porte ouverte du wagon. Par la volonté folle de celles qui savent ce que c’est que la douleur.

Elle tomba sur un siège plus qu’elle ne s’assit. Elle ne bougeait pas puisque rien en elle n’avait encore la capacité de commander un mouvement.

Une secousse du métro réveilla un dernier instinct de survie. Elle se plia en deux pour couvrir la zone douloureuse. Elle gémit pour ne pas hurler. Elle cria pour ne pas hurler. Elle tordit son corps dans un désordre malhabile. Elle contorsionna ses bras, ses jambes, tout ce qui était encore en capacité de bouger. Elle pria un dieu quelconque pour avoir moins mal, elle jura dans toutes les langues qu’elle ne maîtrisait pas, elle comprit qu’il n’y avait pas de dieu s’il existait de telles douleur.

Comme ça, pour rien. Juste pour être femme.

juillet 22, 2018

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