Dans le bus

Le bus est en retard. Il comptait déjà les minutes avant, mais maintenant que le chronomètre est à zéro, il est perdu. Il ne sait pas combien de temps encore. Il a peur de demander. Il aimerait bien savoir, mais ne prend aucune décision concrète pour avoir l’information.

Il sait bien depuis une heure que le bus a parcouru 500 mètres, qu’il est impossible de décider de la fin de l’embouteillage.

Il cherche une raison de s’énerver. Il pianote sur son smartphone en se demandant si ce ne serait pas le bon moment pour un dernier reproche à son ex.

Il se sent bouillir à l’intérieur sans soupape pour dégager la vapeur trop chaude.

Dans son ventre, son intestin se tord sans qu’il sache pourquoi. Comme si un stress insidieux se mélangeait au bouillon sur sa plaque de cuisson interne.

Il n’a pas écrit à son ex.

Il le regrette presque. Il aurait pu hurler par écrit tout l’ennui qui le ronge. Faire mal à quelqu’un d’autre pour souffrir un peu moins.

Il n’est même pas certain de souffrir. Il en a marre. Il a chaud. Il se sent en prison. Il veut sortir. Mais souffrir ?

Il regarde par la fenêtre immobile. Il sera long encore, le temps vide dans cette cage à roulettes.

Il doit attendre. Rester sagement assis et patienter. Il n’a pas le choix. Il est complètement démuni.

Il met son portable dans sa poche pour s’empêcher d’écrire. Ce ne serait pas une bonne idée.

Il bloque au dessus de son oreille gauche une cigarette qu’il a roulé il y a des heures de cela. Il a déjà tant joué avec qu’il ne sait même pas si elle s’allumera comme il faut. De quoi s’énerver. Plus tard.

juin 4, 2017

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