Du Bonheur

Tu ne regardes pas vraiment et tu ne vois rien. Tu as les yeux dans le vague. Tu penses à quelque chose, peut-être. À quoi?

Tu ne bouges pas. Tu attends quelque chose, ou peut-être pas.

Tu entends au loin vaguement quelques sons qui gueulent en sortant des amplis. De la musique, ils disent.

Tu ne bouges pas.

Et la musique crie, la musique hurle, la musique danse.

Tu ne sais plus bien ce que tu es venu faire ici.

Tu esquisses un pas sans le savoir.

Ce n’est pas de la danse, à peine un mouvement. Tu ne comprends pas pourquoi tu es là. Qui sont ces personnes et pourquoi le monde. Est-ce que tu les connais ? Est-ce que tu les reconnais ?

Tu balances un bras dans l’air maladroitement. Tu as payé une entrée. Tu as payé un vestiaire. Tu as pris un cocktail et puis un deuxième. Et tu es là, au milieu de gens dont tu n’as rien à foutre et dont tu ignores tout. Tu es là pour être heureux. Et pour danser.

Tu n’as pas le choix.

Tu es entré ici pour danser, pour bouger, pour faire la fête. Parce que c’est samedi, que tu as bossé toute la semaine et parce que ce soir c’est différent. Tu es venu pour te bourer la tête de musique, te saouler les oreilles, pour en avoir la nausée, et pour oublier que tu as payé pour un semblant de bonheur.

Tu le savais, c’était dans le deal. Tu viens avec le sourire, tu es heureux, tu bouges comme il se doit, en rythme avec la musique, pour former avec elle un couple uni pour toute une nuit.

Tu es venu pour ça. Pour l’alcool, la musique trop forte et les WC qui puent. Pour faire comme ci avec tu ne sais qui et pour leur prouver que tout va bien.

Pas de déprime, pas d’espoir. Rigueur et perfection. T’as pas le droit à autre chose, pas le droit de ne pas participer ou d’être toi.

Tu dois danser, tu dois bouger, tu dois être heureux et apprécier la soirée.

T’as pas le choix.

Quand tu es arrivé, quand tu as dit oui, tu savais qu’entre ces quatre murs, ces quatre putain de murs, il faudrait être heureux. Il faudrait le prouver, il faudrait montrer aux autres que tu es aussi heureux qu’eux, que tout va bien, que dans ta vie tout va bien, que dans la vie tout va bien. Que tout va bien partout, tout le temps.

Tu savais qu’il faudrait continuer jusqu’à l’aube, sans autre option. Pour la bonne conscience de la fin de la semaine et pour la société qui l’exige.

Et tu es là, à faire le malin. Mais c’est trop tard, tu es pris au piège. Tu es venu. Tu entends la musique, tu dois bouger sur ses sons, en sentir le rythme dans la peau, sur le corps. Faire comme tout le monde et faire semblant, parce que l’alcool est là et que les souvenirs s’en iront.

Alors tu danses ?

novembre 8, 2015

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