El Gringo

Il y a deux ans, il faisait chaud. Le soleil était haut dans le ciel, les moustiques nombreux dans l’air. On se levait tôt pour travailler à la fraîche et on faisait une longue pause le midi pour ne pas trop souffrir de la chaleur. On buvait des litres d’eau que l’on conservait au congélateur. Il n’y avait pas de frigidaire. C’était l’été.

Il y a deux ans, on mesurait à grandes enjambées la distance entre deux semances de courge de Siam. On en faisait de la confiture sur le poêle au bois dans la cuisine ouverte du jardin. On en grillait les graines que l’on salait avant de les manger comme des pop corn. Devant les matchs de foot que l’on s’octroyait quand il y avait assez d’électricité.

Alors il revenait après sa journée de travail sur son scooter pétaradant. Il entrait dans la maison sombre à l’abri de laquelle on vivait avec les frontales. Il refermait la porte rapidement pour éviter que les moustiques n’entrent avec lui. Et il déposait sur la table deux cannettes de bière qu’il avait acheté au seul revendeur du coin, si loin. Il s’asseyait sur une chaise en bois fragile. Et il était heureux d’être là, dans la chaude soirée, devant la télé qui allait pomper l’électricité dans des batteries cachées dans le cellier.

Il y a deux, j’étais assise sur une chaise en bois en faisant tourner les bières et en m’énervant devant une passe manquée ou une faute grotesque. Pour une coupe dont les règles avaient tellement changées que personne ne les comprenait. En dégustant délicieusement chaque seconde loin des moustiques restés dehors. En m’amusant des cris et des hurlements des habitants du lieu qui vivait si loin du stade, si loin de tout, un match qui pour moi aura toujours le goût particulier des courges de Siam sur le pain, au petit déjeuné.

décembre 9, 2018

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