En avion

J’aurais dû prendre prendre l’avion. M’envoler vers le lointain. C’était prévu de longue date. Avec les yeux qui pétillent et le check-in qui sourit. La valise était déjà bouclée et la joie à son comble. Tout était prêt.
Mais le ciel en avait décidé autrement
Il faisait rouler son vent et toner ses éclairs. Il était triste sans parvenir à pleurer. Aucune goutte de pluie ni de grêle. Pas le moindre petit frisson de neige. Une colère qu’il n’arrivait pas à contrôler. Des vagues de violence qu’il envoyait par à coup. En fort coups de vent qui tordaient les arbres sans les rompre.
Extase suprême prise dans l’orgueil de la force, quelques uns touchèrent terre. Et le vent ne se calma pas. Il voulait plus. Plus fort, plus vite. Il en tremblait de rage et bloqua la vie sur terre. L’arbre était tombé sur la ligne de chemin de fer. Et le train ne roulait plus. Plus vite. Plus du tout. À l’arrêt dans sa gare de départ sans espoir de rejoindre l’aéroport. Sans autre possibilité que d’attendre. Ou de fuir.
J’en parlais avec la femme tranquillement assise en face de moi. Elle ne comprenait pas pourquoi il aurait fallu attendre sans espoir. Elle souriait et me souhaitait tout le bonheur du monde.
Je l’écoutais.
Je quittais train et quai pour prendre l’avion, roulant dans le vent tumultueux. Entre espoir et incertitude, je m’en remis au taxi bavard. Son compteur défilait rouge sur le plafond. À l’intérieur et bien en vue. Il y avait du monde sur l’autoroute.

J’arrivais quand la porte allait se fermer. Je demandais un instant, une minute. Et on me laissa entrer, essoufflée et rouge dans la carcasse de métal qui tramblait sous le vent.
Je m’assis sans être certaine que départ il y aurait.
Les minutes passaient qui ressemblaient à du retard. Des jeunes femmes souriantes nous expliquèrent la ceinture de sécurité et le masque à oxygéne. L’avion roulait, tanguant lentement sur la piste. Les femmes s’assirent et le décolage s’annonça, titubant sous l’effet des souffles contraires.
Les passagers étaient silencieux pour ne pas déconcentrer le pilote qui n’aurait rien entendu.

Et dans un ultime effort, un tout dernier coup de rein, l’avion se déposa au dessus des nuages, loin du vent colérique et ravageur. Il m’emmenait vers le lointain.

mai 21, 2017

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