En décembre

Elles avaient allumé l’air conditionné en arrivant dans la salle. C’était un réflexe nécessaire en cette saison. Au mois de décembre, l’été soufflait fort sur la ville et le soleil haut ne laissait pas à la chaleur la chance de s’échapper.

Elles étaient venues avec les enfants. Une distraction pour eux à la sortie de l’école alors que les vacances approchaient. Elles attendaient, immuables sur le calendrier, et les jours passaient lentement qui allaient vers elles. Il fallait les occuper efficacement. Il étaient venus faire le sapin.

Les deux cartons pesaient lourd de guirlandes rouge et de boules or. Un fil électrique aux ampoules multiples tomba dans des exclamations générales.  S’il y avait une chose fragile, c’était bien celle-ci qui venait, dans un bruit sourd, de rencontrer le sol de la plus abrupte des manières.

Le sapin vert et souple fut déployé juste en face de la porte d’entrée. Le passage en était plus étroit et des cadres en étaient cachés.

Il fut décoré et chouchouté. Couvert d’or et de rouge, emballé de guirlandes et de lampions. Illuminé pour l’hiver, couvert pour le froid. À son sommet, une étoile fut déposée. À son pied, une prise électrique fut encastrée. Et quand à la fin de la soirée les branchements furent opérés, il fallut fermer les rideaux pour admirer la différence.

Tous s’émerveillèrent.

Elles oubliaient le temps d’un instant les images sur les murs qui reprenaient les rites ancestraux de leur peuple opprimé. Elles ne pensaient plus aux traditions millénaires que leur civilisation exerçaient et qui se perdaient. Elles abandonnaient les rites sacrés et les gestes simples d’une vie qu’elles ne transmettaient plus et que leurs enfants ignorait, cachée qu’elle était derrière les branches artificielles du sapin en plastique.

décembre 31, 2016

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