En fête

Ça faisait des heures que le monde attendait que quelque chose arrive.
Les allées s’emplissaient d’une population étrange. Les jeunes se mélangeaient aux plus anciens qui faisaient semblant de ne pas voir que, déjà, le temps était passé. Tous attendaient que quelque chose commence. Ils savaient bien que cela viendrait. Réglée comme une pendule, la soirée s’étirait doucement, accrochée à cet espoir certain que la patience serait récompensée et que l’attente n’était pas vaine.

Ils formaient des petits groupes qui parlaient vaguement et riaient haut pour cacher leur gêne. Il était tôt encore. Ils ne savaient s’ils auraient le courage de rester jusque tard. Ils pensaient aux enfants à la maison, à la femme enceinte, au mal de tête du lendemain. Ils regardaient l’heure en espérant avoir le droit de s’asseoir pour manger enfin.
Des assiettes s’entrechoquaient sur les bras nus des serveurs. Il fallait bien nourrir des gosiers noyés par les vins et les alcools. Salade aux gambas et steak argentin.

Ils souriaient d’un bien-être factice en discutant cuisson de viande et accidents de la route.
Dans un monde parfait la lumière aurait été tamisée et le bruit moins intense.

Ils avaient, depuis bien longtemps, fait un trait sur la perfection. Ils savaient qu’elle était partie avec les collègues démissionnés. Qu’elle avait fait son trou ailleurs, sans eux. Qu’elle ne reviendrait pas et que le corps de ce qu’il disait encore aimer était froid. Les angles en étaient racornis, rabougris, vieux avant l’âge. Tout tournait autour d’un nombril viril qui détruisait sur son passage tout ce qu’il approchait.

Et le steak perdait de sa saveur lorsqu’en levant la tête je croisais des yeux la décoration assumée du lieu avec ses posters de femmes dénudées attachées à des arbres.

Qu’est-ce que le monde pouvait bien attendre, dans cet endroit malsain qui sentait l’alcool dont la volupté glissait dans les moindres interstices ?

Une musique dont personne ne voulait résonna pendant qu’un joueuse de saxo sautait, pieds nus, sur le sofa.

Ils se retrouvèrent plus tard dans un taxi plein. Un véritable bus qui ramenait au bercail tous ceux qui en avaient assez. Ils ne voulaient plus faire semblant et ne souriaient même pas à la nuit qui passait lentement derrière les fenêtres chaudes. La tête faisait mal et le cœur battait trop fort. Perdus dans des souvenirs joyeux que ni le temps ni l’attente n’effacerons. Qu’ils finiront bien par chercher eux aussi ailleurs, puisque c’était tout ce qui restait à faire. À la fin.

février 18, 2018

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