Érasme

Je lis dans le métro une ancienne traduction de Stefan Zweig. Le français y est doux comme au XXème siècle et les tournures vieillies comme les pages jaunies. Une odeur de cave mal aérée ressort du papier aux angles arrondis par les chocs nombreux.

En face de moi, dans le carré ne laissant que peu d’espace aux jambes, une femme lit une traduction de Fred Vargas. L’allemand y est moderne sur les pages luisantes et richement neuves. L’action est rapide, les feuilles tournent vite dans le silence de la rame qui freine en grinçant.

Mes yeux suivent les mots sans les comprendre.

Je pense à Érasme qui apprenait les langues pour lire les livres. Et aux traducteurs modernes qui n’ont pas le temps de bien travailler pour espérer survivre.

Je ne sais plus où est le bien où est le mal. Je n’ose appeler ce moment progrès.

Je tombe sur une phrase qui me parle autant qu’elle m’effraie. Qui est moi.

« Je luttais de toutes mes forces pour trouver une explication et pour sortir de la confusion mystérieuse de ces sentiments contradictoires. »*

Je referme mon livre et me lève pour sortir.

J’envie Érasme.

*Stefan Zweig – traduction par Alzir Hella et Olivier Bournac, La confusion des sentiments (ici : Stock, Paris 1964, p. 101)

octobre 1, 2017

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