J’ai voulu acheter des timbres

J’ai voulu acheter des timbres. Je suis allée à la poste. C’était un grand hall de gare avec des guichets en file à gauche et des sièges inconfortables posés par paquets de douze en face, à droite.

Des écrans lumineux indiquaient des codes de lettres et de chiffres qui envoyaient les gens à droite et à gauche.

J’ai obtenu un petit papier indiquant A137. Je me suis retournée sur l’immense salle aux trois quarts vide. J’aurais aimé savoir si c’était tous les jours comme cela ou si, parfois, il y avait des piques d’affluence. Avec les gens qui parlent fort, le bruit qui résonne, et les courses dans tous les sens pour attraper le train avant qu’il ne s’en aille sans nous.

L’espace était silencieux, à peine perturbé par le bip violent des écrans lumineux qui appelaient le suivant.

Je me suis assise alors que le A136 était appelé. Guichet 4. Je me demamdais si le A désignait les Affaires de base. Les choses simples que le guichet 4 pouvait régler en quelques minutes. J’attendais patiemment.

Les numéros en C et D étaient appelaient sans interruption.

Je comptais que sur la quinzaine de guichets présents, seuls cinq fonctionnaient. Sept ou huit autres personnes étaient assises à des guichets sans jamais recevoir de clients. Jamais personne ne recevait un numéro en B.

Des gens sortaient qui étaient arrivés après moi.

Je pensais que A signifiait Affaires complexes et que personne n’avait l’intention de m’appeler. Je me voyais devoir demander à la fermeture si on m’avait oublié. J’attendais. Et l’employé au guichet devant moi se leva pour la sixième fois pour aller remettre du papier dans la photocopieuse et dans l’imprimante. J’avais compté.

Son travail achevé, il venait s’asseoir et discuter avec une collègue qui ne m’appelais pas.

Je constatais que sur la quinzaine de guichet, seuls deux à présent s’occupaient de clients. Les autres employés papillonaient soiriant. Il faisait frais dans l’après midi trop chaude et c’était déjà une consolation.

Une femme enceinte passa en priorité sans prendre de ticket pour envoyer un paquet.

J’étais là depuis trente-cinq minutes. Assise sur une chaise en plastique en bordure de rang parce que l’attente serait rapide : je voulais simplement acheter des timbres.

A137.

Je me levais très vite pour ne pas perdre mon rang. Je montrais très fière mon ticket à une femme qui s’en foutait. Je voulais cinq timbres. Pour l’Europe.

Elle me demanda une carte de fidélité. Je n’en avais pas et elle semblait déjà dépassée. Elle hésitait. Il me fallait quoi, déjà, au juste ? Cinq timbres pour l’Europe. Vous savez, pour coller sur les enveloppes.

Elle souffla.

Elle écrivit sur une feuille volante le chiffre 5 et farfouilla dans plusieurs caissettes sur son bureau. Elle indiqua quelque chose sur son ordinateur et me demanda de patienter. Elle parti à l’autre bout de la rangée des guichets. Elle parlait avec un collègue et me pointait du doigt. Je détournais la tête, mine de rien.

Au dessus de la sortie un immense panneau indiquait « attention au client ». Traduction libre.

Je me penchait légèrement en avant pour la voir revenir. Elle parla avec sa collègue. Celle assise juste à côté d’elle. Elle n’avait pas assez de timbres. Il ne lui en restait que deux. La collègue farfouilla à son tour dans des caissettes et des enveloppes kraft.

Il vous en faut combien, déjà ?

Je souriais en lui montrant cinq avec la main. Elle indiqua un prix à trois chiffres. Elle ne prenait pas la carte de crédit. Par contre, elle avait besoin dune pièce d’identité. Pour la traçabilité. Si jamais j’avais l’intention  de tuer quelqu’un avec mes cinq timbres.

Je payais en présentant mon passeport, sans bien savoir si elle allait pouvoir trouver les trois timbres manquants. Sa collègue s’activait sur son clavier et tendi par dessus la rambarde une feuille A4 et trois timbres. L’employée devant moi éternua à trois reprises.

Je lui souhaitais de bons souhaits.

Elle me remercia en attrapant les timbres et la feuille que sa collègue maintenait fermemant. Elle donna de l’argent à sa collègue qu’elle compta par deux fois. Et elle sortit à son tour une feuille immense de son ordinateur.

Elle me tendit les cinq timbres, les deux factures au format A4 avec trois lignes chacune et me souhaita une bonne journée. J’ai remercié pour l’attente, l’air climatisé, le coût de la vie et les deux factures.

Bref, j’ai acheté des timbres.

novembre 6, 2016

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