J’arrête

J’arrête de faire semblant que ce qui m’emmerde pourrait m’intéresser en écarquillant les yeux pour ne pas les fermer et en émettant des sons qui acquiescent sans comprendre.

J’arrête la lumière. Et dans la nuit j’espère qu’une étoile lumineuse apparaîtra un jour.

J’arrête de rire et de sourire puisque la joie éphémère ne fera jamais oublier les peines multiples qui polluent le ciel.

J’arrête de commencer ce que je n’ai pas l’intention de finir. Je ne veux plus remplir mes tiroirs de choses à faire qui ne servent à rien.

J’arrête tout. Par simplicité et égoïsme pur. Et parce que personne ne s’en apercevra.

J’arrête de trembler en regardant mon image dans le miroir. Parce que cela ne changera de toutes façons rien.

J’arrête le vice étrange qui fait discrétement tirer la langue dans un clin d’oeil. Pour personnes averties. Parce que plus personne n’est averti.

J’arrête de vendre ce qui ne m’appartient plus.

J’arrête de boire. Chaque lendemin de beuverie et avant la prochaine soirée. Je ne veux plus d’alcool, je ne peux plus l’alcool. Dans les mals de tête et les nausées, je me promets en secret quelques mots que je ne tiendrai pas. Et je le sais.

J’arrête de regarder mon portable pour espérer un message ou une photo comme si la vie entière dépendait d’un symbole en haut à gauche, tout près du ciel et si loin de la vérité.

J’arrête de promettre pour ne plus avoir à mentir. À moi, au monde.

J’arrête de lever les yeux vers les nuages qui se promènent libres au dessus des grillages et des frontières alors qu’ici tout n’est que carcan. Juste pour ne plus souffrir.

J’arrête de penser. Silence s’il vous plaît.

J’arrête de croire en l’humanité orgueilleuse qui s’en fout et s’en amuse.

J’arrête d’y penser alors que je sais que c’est sans issue, sans espoir et sans chance. Alors que le monde le répéte et les gens le ressassent : oublie pour ton bien. Pour le bien.

J’arrête de fumer quand je lis les paquets m’annonçant ma mort prochaine dans une souffrance et une douleur qui m’effraient.

J’arrête l’amour. Pour éviter les peines de la chute et l’horreur de la fin.

J’arrête de tenter de me souvenir de mes rêves au matin alors qu’ils sont inutiles et futiles. Alors que je les imagnine comme je les souhaiterais plus qu’ils ne me reviennent.

J’arrête les justifications sommaires et aléatoires, fondées et justifiées. J’arrête infiniment.

J’arrête de prier. Ni Dieu, ni Personne. Ils n’ont qu’à se débrouiller seuls.

J’arrête les histoires trop courtes et les récits trop longs. Je vais à l’essentiel et tant pis si je choque.

J’arrête de rêver puisque cela n’apporte jamais que des réveils en sursaut dans la sueur et la peur, des idées étranges en tête et des certitudes qui n’en sont pas.

 

#7

juin 5, 2016

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