Job à la Con

Il se levait quand le train freinait. Il se précipitait à la porte pour regarder au travers d’elle. Il regardait le quai avec attention, prêt à analyser de ses yeux acerbes chaque mouvement.

Il avait dans la main un compteur sur lequel il appuyait par automatisme.

Il sortait la tête du wagon pour vérifier qu’il ne se soit pas trompé. Il ajustait du bout des doigts ses premières impressions. Il s’éloignait de la porte quand la sonnerie retentissait. Puis il s’asseyait sur un strapontin.

Il attendait de longues minutes que le train reparte, accélère, atteigne sa vitesse de croisière, avance, avale les kilomètres, change de direction et crisse entre ses rails. Il attendait que le train freine.

Pour se lever précipitamment et regarder par la vitre de la porte du premier wagon. Pour compter. Avant de recommencer à attendre.

Je ne sais pas s’il avait un vrai job a la con ; mais je pensais tout de même à David Graeber. Et aux occupations qu’on donne aux autres pour les asservir.

septembre 23, 2018

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