La visite

Il ouvre le magazine à la couverture défraîchie et sans même le regarder, me parlant dans les yeux, il tourne les pages nécessaires pour arriver à l’article voulu. Il en connnaît par coeur chaque ligne et chaque image. La pagination et l’ordre des mots. Tout est inscrit dans son esprit comme sur le papier. Et il commente, en habitué.

Ici les maisons de terre, et là les robes de couleurs. Le soleil au-dessus de la montagne, avec les chevaux dans le lointain, ceux-là même que les conquérants espagnols ont ensuite apportés ici, élancés et nobles comme le sien.

Il tourne la page pour pouvoir continuer l’histoire. La guerre difficile qui a laissé des traces, les identités déchirées. Il explique un passé qui n’est pas le sien et qui sans lui appartenir est devenu un morceau de son existence.

Il raconte le roman infini de la vie d’avant. Tout ce qu’il a relu et ce qu’il lira encore. Pour l’invité de passage. Pour lui expliquer la vie ailleurs, les paysages lointains. Le monde extérieur qu’il ne verra pas.

La fin de l’article a le goût amer de la conclusion qui arrive trop vite. Rien n’a changé de l’autre côté de l’Atlantique depuis la publication, depuis l’emménagement et les propriétaires précédents. Depuis vingt ans.

septembre 11, 2016

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