Le maté

J’arrivais à l’heure du maté. Tous étaient assis autour de la table, un sourire aux lèvres, sur les bancs de pierre. L’un racontait les décors venus d’ailleurs, l’autre sa vie quotidienne.

On écoutait en dégustant. Le maté en bois brun se vidait au rythme des intonations. On le remplissait avec fermeté et douceur avant chaque nouveau goûteur. On buvait amargo et tradition. Et tous le rendaient en hochant la tête, l’air approbateur du connaisseur qui appréciait.

J’écoutais leurs histoires avec la politesse de celui qui veut savoir et apprendre. Je comprenais leurs mots et partageais leurs angoisses. Les veaux trop maigrichons qui se vendaient mal et le prix au kilo de l’agneau qui baissait.

Je buvais leurs paroles avec la même gourmandise que le maté. C’était toute une découverte nouvelle qui s’offrait à moi sous les branches du mûrier, dans la douceur fraîche de la soirée qui s’allongeait. Tout durait sans que personne ne s’en aperçoive.

La nuit allait venir dont personne ne voulait. Des enfants riaient au loin qui jouaient avec les chiens. On les avait presque oublié et ils s’imposaient de nouveau à nous dans l’éclat soudain de leur innocence.

On avait changé l’herbe du maté pour qu’il conserve son arôme suave. Le tour s’éternisait de personnes qui ne voulaient pas s’en aller. La chaleur conviviale des histoires personnelles. Et le soleil disparu tout en bas de l’horizon, là, juste en face de la montagne haute. La lune illuminait la table en pierre dans le chant des grillons. Une chouette ululait quelque part et le vent apportait vers nous son cri mystérieux.

Quelqu’un se leva en rendant le maté. Le charme brisait ne reviendrait plus. Le moment était venu de s’en allait en pensant à cet instant volé au temps.

 

#8

septembre 18, 2016

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