Le saut du Doubs

Il se préparait calmement à la chute vertigineuse qui l’attendait. Il le savait. Il avançait vaguement, laissant croire au promeneur solitaire qu’il stagnait de bien être et de feignantise.

Il passait au large des prairies qui, à gauche et à droite, verdissait sous l’air frais du printemps qui revenait. Il avait l’habitude de ces changements de saison. Il connaissait d’avance le calme des villages à traverser et le ronronnement du train quand il passait, rarement, sur les voies qui le longeaient.
Il aimait sentir son importance, entre France et Suisse, et se riait depuis toujours de ces bateaux et de ces ponts qu’on voulait lui imposer et qu’il rendait impraticable d’hiver en hiver au gré de sa volonté et de la pluie.
Et il atteignait ce semblant de forêt qui grouillait de touristes affamés de photos souvenirs et de rayons de soleil. Il jouait plus fort, plus vite sur les pentes qui s’accentuaient. Jusqu’au moment final où il ne lui sera plus possible d’échapper à  la chute vertigineuse déposée au milieu du courant.
Elle éclaboussait autant qu’elle effrayait. Il n’était déjà plus temps de reculer, trop tard pour se décider pour une autre option. Il fallait sauter, plus fort, plus bas, et continuer le parcours, piégé entre les blocs des montagnes avoisinantes, jeté d’un côté à l’autre comme un vulgaire courant d’eau.
octobre 24, 2018

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