Nuit blanche

Il avait le regard troublé de celui qui veut quelque chose mais ne sait comment y parvenir. Il avait enchaîné les mauvaises blagues pour se donner une contenance. Et aussi parce que femme qui rit est à moitié dans le lit. Il aurait aimé choisir la moitié et le lit, mais il aurait fallu pour cela quitter la pièce quelconque où il se trouvait, la faire monter dans un taxi, l’emmener chez lui.

Il voyait déjà la scène : elle se déshabillerait comme dans les films, la musique en moins. Elle sourirait en retirant ses bas. Parce qu’elle devait porter des bas. Dans son fantasme mal abouti, il n’y avait pas de place pour des collants gainants qui aurait abîmé la douceur de ses jambes et trahi le galbe de ses fesses.

Il serait allongé sur la couette bleue, admirant ses bras en croix qui soulèveraient son pull d’un geste machinal et enlevé. Le flegme parfait de celle qui ne cherche pas à plaire et enchante par ses simples gestes toute une armée d’yeux aux aguets.

Deux yeux reliés d’une façon quelconque à son cerveau qui rêvait déjà de la suite.

Elle serait venue s’allonger près de lui, détendue, prête à s’endormir dans la confiance absolu qu’il dégageait. La tête sur son torse, il caresserait ses cheveux d’une main qu’il voulait sûre. Elle se rendrait bien compte qu’il n’était sûr de rien, mais elle aurait la courtoisie de ne rien dire. Elle ferait semblant de ne pas sentir la gêne et elle s’endormirait silencieuse et ravie. Belle comme jamais.

Il aurait pu penser au lendemain matin, au mal à la tête et aux mensonges avalés de travers. Il préférait fuir dans le futur, des années plus tard, des croissants laisseraient des miettes sur les draps rouges et la chambre embaumerait de cette odeur de café qu’il aimait tant. Il lui aurait apporté le petit-déjeuné au lit. Ou le contraire. Et quelque part dans la maison, un enfant rirait dans un éclat cristallin.

Il avait sa main dans la sienne pour quelques secondes encore. Le temps que la musique s’arrête et qu’elle s’éloigne vers un autre compagnon. Il sentait la chaleur de sa paume dans son poing et n’osa rien dire quand elle s’échappa dans un nuage de parfum étourdissant. Il allait rentrer chez lui, et seul dans le taxi penser sans cesse qu’il était parti trop vite, qu’il aurait du rester encore un peu. Juste pour voir.

avril 24, 2016

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