Il nous prend par la main

[Recension]

Delerm - Elle marchaitC’était le dernier Delerm. J’en avais déjà lu dix fois les premières lignes. Cette mélancolie débordante. Ses mots en harmonie. Et une musique en fond sonore. Le disque de Georges Delerue qui revient comme un refrain.

J’ai décidé de le lire en entier.

Dans le poème quotidien de la rame de métro. Un retour à Paris. Quartier Oberkampf. Quelques voyages vers la Bretagne. Des kilomètres en voiture. En silence. De longs silences qui en disaient plus que des phrases sans fin. Un silence pesant dans l’appartement vide. Dans la maison si grande. Le silence entre les murs trop haut dans la solitude de l’abandon.

On entendait la musique vibrer dans le silence.

Dans les oreilles et entre les lignes. Elle décrivait une vie fragile. En sourdine, tendre. Elle protégeait Marie qui en avait tant besoin. Une lampée de musique pour se sentir mieux. Pour y croire encore et s’accrocher à ce qui reste. À ceux qui y croient pour nous et qui nous pousse à réussir.

C’était une ode au futur. À la croyance. Au peut-être que bientôt. À l’espoir.

Des lignes durant, on y découvrait le rêve lointain qui allait devenir réalité. La possibilité un peu folle que tout devienne possible. On sentait les volontés inébranlables et le souffle de la vie. Qui étourdissait Marie comme lorsqu’elle était jeune. Comme avant. Comme dans une vie qu’elle aurait aimé avoir sans vraiment se l’être avouée.

Découverte de soi et des autres. Premiers pas dans une nouvelle vie qu’on suit pour la partager.

Elle empruntait un chemin nouveau. Des jours qu’elle tirait entre les tours comme un long fil frêle. Une vie en funambule, entre fragilité et douceur de vivre. Avec des soirées qui ne devraient pas finir et des amis qui s’en vont trop tôt. Trop tard. Dont on ne sait pas se séparer parce qu’on a encore tant à partager. Mais on savait. Alors elle accepte sans le vouloir, et elle continue à tirer sur la corde. Pour que les jours s’enchaînent et passent. Parce que la vie se poursuit. Pour d’autres.

Il y a dans ce livre la tendresse de la vie douloureuse qui passe, furtive, et qui laisse ses traces dans le cœur de ceux qu’on aime. De ceux qui nous aime mais qui s’en rendent compte que lorsqu’il est trop tard. C’est une fuite en avant vers le bonheur que l’on a quitté.

C’est une chute.

Depuis le fil suspendu. En l’air. Dans le rien.

 

Delerm Philippe, Elle marchait sur un fil
(ici : Seuil – Paris 2014)

novembre 2, 2014

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