Pour ne pas oublier

Le nom était imprononçable mais tout le monde le répétait. Pour ne pas oublier. Le froid. La peur. La faim. Les fins. Pour des centaines, pour des milliers. Pour tout un monde qui voulait fermer les yeux sur ce qu’on ne savait pas prononcer. Sur ce qui était loin.

Le lieu était perdu dans le lointain. Une voie sans issue y menait pour faire croire à la vie. Rattachement utopique au monde qui existait autour. Avec ses sentiments et ses histoires frivoles. Avec ses bagages que l’on emmenait pour partir. Avec ses proches à qui on souriait dans un haussement d’épaule. Parce qu’ils seront là demain. Alors que d’autres seront partis, perdus. Dans un trou laiteux qu’on ne peut pas oublier.

Dans la brume mal assurée d’un jour sans soleil. Des rectangles noirs mal dessinés y formaient un camp provisoire. On y trouvait la blancheur blême d’une neige sale. Dans laquelle on se lavait en souhaitant un après. Sans pouvoir se voir ni vouloir se regarder. Dans la glace d’un hiver sans été.

La glace pour eau liquide. Et le cœur en hibernation. Pour ne pas sentir. Les brimades aux souffles polaires. Les attentes aux heures infinies. Les appels aux hurlements de loups. Aux coups de pieds. Aux coups de poing. Aux coups de feu. Neige blanche et flammes noires. Incapables de réchauffer les vies qui s’accrochaient, prisonnières, qui avaient mal d’être oubliées.

La prison immense était trop petite pour qu’on s’y attarde. Un point sur la carte du monde. Une silhouette sombre et triste avec une porte trop large. Une bouche affamée qui avalait les vies pour les broyer. Dans le silence étouffant des cris aboyés. On ne dérangeait pas la machine qui mangeait.

Elle affamait pour rester en vie. Elle détruisait pour avancer. Virage serré vers N’importe quoi. Sortie de route à Humanité. Roue libre et mur droit devant. Une armée rouge et forte qui approchait pour sauver l’espoir.

L’espoir qu’on racontera, qu’on expliquera sans jamais comprendre. Qu’on répétera pour ne pas oublier. Ni recommencer.

février 1, 2015

Étiquettes :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *