Rémy

On le croise dans la cage d’escalier. Et on sait déjà que le chemin sera plus long. Qu’il y a des virages et des détours qui seront pris sans avoir été prévus. Qu’il fera bon y repenser plus tard, autour d’une tasse de thé avec des petits gâteaux et des discussions sans fin.
– C’était le jour où on a croisé Rémy dans l’escalier.
Pas le jour, mais un des jours. Celui où, de fil en aiguille, on s’est retrouvé devant les portes du garage. Sans savoir comment on en était arrivé là. Mais on avait déjà la date de fabrication et le nombre de kilomètres dans un coin de la tête.
– C’est un véritable moteur de 2CV, vous savez. Je vais vous montrer ça, vous allez voir.
On avait vu. Il avait ouvert le capot. On avait regardé bien qu’on n’y connaisse rien et on avait fait semblant en souriant et secouant la tête à chaque fin de phrase.
Tout brillait à l’intérieur. Parfaitement propre. Il en revenait tout juste, de la cession ménage. Il l’avait briqué avec tendresse. Il la présentait comme un trésor, sa voiture de collection.
Un bijou.
Bien rangée dans un garage en dessous de la cage d’escalier dans laquelle on était quarannte minutes plus tôt.
– En réalité, c’est un cabriolet : il suffit de retirer la coque et déjà on a les cheveux au vent.
Il montrait le dessus et laissait glisser sur la carosserie ses doigts caressants qui laissaient des salissures sur la propreté impeccable.
– Vous voyez, elle est vraiment jolie.
Elle était belle, aussi, et magnifique, sa voiture qu’on voyait pour la quinzième fois. Et qu’on verrait encore souvent. À chaque fois qu’on croiserait Rémy dans la cage d’escalier. Pour en reparler plus tard, entre amis, avec une tasse de thé et des petits gâteaux.
avril 29, 2018

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