Repas d’affaire

C’était pas bon. Plein de sucre, avec un goût impossible à dissiper. Eau, café, rien n’y faisait et la bouche entière conservait en elle cette texture pâteuse, lourde et complètement indigeste. C’était vraiment le genre de truc qui donnait mal au cœur. Dés la première des multiples bouchées.

C’était trop froid pour ce temps d’hiver.

Dehors le vent giflait les murs, et dedans un bloc de glace glissé sur un toboggan gelé. Le genre de moment où on aimerait être couché, au lit et ne rien pouvoir avaler. Malade. C’était la seule issue après un tel repas. La douleur entre mal au ventre et mal à la tête. Souffrir, transpirer, se recroqueviller et tenter de se protéger. Et se faire cajoler pour cause d’indigestion.

Mais autour de la table, personne ne voulait être malade. Trop de choses sur le feu, trop de trucs à défricher. Chiffres, idées, décors, tout s’affolait, s’emballait. Autour de la table, il y avait beaucoup trop à faire pour s’encombrer d’un dessert immangeable. Autour de la table, les assiettes pleines formaient un contraste avec les discours vides. Tout était copieux.

Indigeste conversation qui dégoulinait le long des verres vides. Avec son goût amer et ses tirs à la kalachnikov, polis et discrets. Avec ses sourires en coin et ses mauvaises pensés. Vraiment, le genre de conversation qui vous donne envie d’être malade, au lit, dans un silence cotonneux et apaisant.

C’était un de ces moments suspendus, entre réalité et fiction, où tout se mélangeait dans un nauséeux mal au cœur. Un instant sans fin.

décembre 16, 2014

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