Réunion de famille

La foule des grands jours s’était déplacée. Mariage et communion. La famille au complet, avec les différents degrés et les pièces rapportées. C’était un puzzle immense, un arbre aux milliers de branches et aux racines innombrables.

Ils amenaient des tableaux comme aux beaux arts, pour célébrer et admirer. Ils formaient une toile mouvante, un pointillisme distrait, composé de millions de têtes.

Tu vois, ce jour de janvier 2015, alors qu’il ne faisait ni froid ni beau, j’y étais. On y était tous. Entre ami et en famille, venus célébrer le mariage de la France avec la Liberté, venus pleurer nos proches.

Et chacun se révoltait. Des mots durs et tendres hurlaient à voix basses. Des nouvelles qu’on prenait des uns et des autres. Ça faisait longtemps, ça faisait du bien. Une tape sur l’épaule et des gens par millions. Qui pleuraient leurs disparus un peu hagard. Deuils et commémoration.

Il y avait la France.

Les civils tendaient la main aux religieux encadrés par l’état. Réconfort des uns et des autres sans trouver les mots. Des silences et des larmes. Des pas vers l’avenir. Des fleurs, des bougies, des rires et des photos. Pour accrocher la famille au pêle-mêle sur la cheminée. Et des drapeaux colorés qui flottaient sur tous les chemins.

Il y avait le monde.

Des directs dans toutes langues et des représentants de toutes les cultures. Chacun était là pour voir et pour être. Par devoir, sans invitation ni cadeau. Ils avaient fait le déplacement auprès d’un proche malade. Pour lui apporter soutien et douceur. Quelques bons mots et des sourires. Ils étaient venus pour eux-mêmes, pour se rassurer et pour raconter, crayon au poing.

Et ils auraient été fiers. Tous. Ceux qui savaient dessiner et ceux qui protégeaient. Et puis les autres, qui ne faisait rien sinon vivre. Comme toi, comme moi. Ils vivaient en famille.

janvier 11, 2015

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