Dans son sac

Cette semaine encore je me laisse prendre au sympathique jeu proposé par Fanny (https://lesbilletsdefanny.wordpress.com) : écrire un texte à partir de la citation suivante, tirée cette fois du livre de Marie Charrel, Une fois ne compte pas :

« Charlie dit Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous. »

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Charlie dit Charlotte est en colère car elle vient de perdre son sac. Un cabas de cuir marron au parfum d’encens, décoré de quatre poches à la doublure criblée de petits trous. Il lui vient d’une amie depuis perdue de vue et qu’elle avait invitée à un de ses anniversaires, il y a fort longtemps.

Elle l’aimait vraiment, son sac, ne s’en séparait jamais. C’était lui qui l’avait accompagné à son premier entretien d’embauche vraiment sérieux. Elle le serrait contre sa hanche en montant les escaliers, l’avait déposé à ses pieds pendant la présentation, l’avait négligemment récupérer pour cacher le tremblement de ses mains à la fin de la conversation et l’avait gardé sur ses genoux, comme pour se rassurer, pendant tout le temps du trajet retour. Elle avait décroché le poste.

Lui encore qu’elle avait trainé au mariage de sa sœur pour emporter tout l’indispensable : rouge à lèvres, fard à paupière, fond de teint, eyeliner, mascara, l’autre fard à paupière, les paillettes, le vernis, les pinceaux, le coton, les miroirs, les élastiques et la brosse pour les cheveux, la laque, le déo, le troisième fard à paupière, des collants de rechange, une crème hydratante, des mentols et des chewing-gums, une pince à épiler, un débardeur propre, un stylo, du parfum. Elle l’avait abandonné sous sa veste, bien à l’abri sur la banquette arrière de sa voiture, ne lui rendant visite que par intermittence. Elle avait avec elle une pochette pour les premières nécessités. Mais ne parlons pas là d’infidélité. Elle y tenait, à son sac, et elle voulait vraiment le retrouver.

Il lui manquait déjà, tout limé qu’il était à force de l’utiliser. C’était avec lui qu’elle s’était rendue à la foire du trône la dernière fois. Grande roue tranquille et tour de chute un brin brutale. Elle gardait à l’esprit le souvenir douloureux de ses doigts blêmes serrés sur la barre de sécurité du top spin et la barbe à papa trop sucrée qu’on lui avait offerte. Elle se rappelait encore le bateau pirate et les mouchoirs qu’elle avait frénétiquement cherchés au milieu de son barda. Parce qu’il faut bien l’admettre : elle s’était sentie mal et c’était son sac qui l’avait sauvée. Comme si souvent.

C’était lui aussi, d’ailleurs, qu’elle avait rempli de maillots de bain, tubes de crème solaire et lunettes de soleil pour son escapade en amoureux à Deauville. Lui qu’elle avait en bandoulière quelques mois plus tard en quittant définitivement l’amoureux. Et lui qu’elle avait près d’elle le soir de la rencontre avec son nouvel amoureux. Celui-là même qu’elle s’apprêtait à aller voir au moment où elle avait réalisé que … Ah mais non. Elle l’a sans doute laissé trainer à côté du frigo dans la cuisine, en rentrant de faire les courses, tout à l’heure. Bien sûr.

Charlotte se précipite : elle veut vérifier.

mars 6, 2016

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