Scènes de rue

Ils avaient ressorti les petits chalets de Noël. Le bois rustique et l’odeur de sapin. Ils avaient retiré les boules rouge et or. C’était le printemps mais le même saumon chauffait contre les mêmes branchages. Debout, calé contre sa planche puis en miette dans des pains individuels, il passait de main en main, de comptoir en bouche. Sauce cocktail ou crème fraîche anisée. Un trait d’humour à la bouche et un roulement souple du poignet au dessus du poisson. Ça fait 7 euros, la blague est incluse.

Une petite fille hurlait dans une poussette. Elle avait des couettes courtes dans ses cheveux ondulés et des larmes de colère le long de ses joues. Elle avait passé ses pieds derrière la ceinture et les tenait dans ses mains comme le font les danseuses devant les miroirs. Elle criait des sons sans forme que sa mère ne tentait même plus de comprendre. Elle ne prenait d’ailleurs pas même le temps de voir sa fille tirer sur ses chaussettes roses et jouer au petit rat.

Les jeunes hommes portaient des costumes roses. Ils riaient forts pour se donner du courage et pour prouver à qui passait qu’ils étaient de bonne humeur. Ils félicitaient Peter qui allait se marier sous peu. Ils faisaiant avec lui une dernière sortie avant l’enfermement qu’il allait connaître. Chacun avait une bière à la main et l’un d’entre eux tenait une enceinte pour accompagner leur marche forcée vers le futur d’une musique agréable. Ils n’osaient pas mettre le son trop fort. Ils avaient peur du jour où, eux aussi, seront félicités.

Une femme enceinte posait une main habituée sur son ventre arrondi comme pour le protéger du soleil trop éclatant. Un sachet avec de la lingerie pendait nonchalement le long de sa cuisse gauche. Elle regardait désabusait les hommes en blanc et rouge qui passaient dans la rue, alcoolisés et grisés de la victoire de leur équipe. Elle pensait aux chants que l’on apprenait au stade et aux mots que l’on employait. Heureusement elle attendait une fille.

Un petit chien qui avait du être blanc tirait sur sa laisse pour s’approcher de la poubelle. Des gouttes de sauce cocktail maculaient le sol sale. Il tirait la langue pour mesurer la distance. Il sentait le poisson et espérer pouvoir le goûter. Il s’arrêta quelques secondes pour s’assurer que l’air ne tournait pas à l’orage. Une patte en attente, l’oreille aux aguets, la truffe dans le vent. Il fut réveillé de sa torpeur par un coup sur sa laisse. Le maître s’en allait, il devait suivre. Loin du carton blanc aux odeurs de saumon qui venait de s’écraser à côté de la poubelle et qu’il n’atteindrait jamais. Il avait déjà oublié. Il suivait de ses grands yeux doux le papier gras imprégné d’un reste de gaufre qui voltigeait dans le caniveau.

mai 8, 2016

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