Visite

Il ouvrait la porte avec un sourire aux lèvres. Et le jeu commençait.

Il présentait les pièces les unes après les autres en expliquant les mètres carrés et les avantages.

La fenêtre était grande. La cuisine aménagée. La salle de bains à l’écart. Les toilettes discrètes. La chambre à coucher agréable. Le salon spacieux.

Il y avait la place pour la télévision, pour le canapé, pour les engueulades.

Ah vous êtes seule ?

Et il reprenait, en conservant ses accents de vendeurs.

Les meubles dans la salle de bain étaient faits sur mesure, ils restaient. La chambre était grande, comme il faut. Pas immense, mais pour le temps qu’on y passe, à quoi cela sert-il d’avoir ici de l’espace ? Un lit, double, une armoire, haute, et puis même un petit secrétaire ou une coiffeuse pour les moments secrets et tendres, cachés au fond d’un tiroir, reflets dans un miroir.

La cuisine était lumineuse : fenêtre immense et en partie couverte d’un film opaque pour empêcher les regards indiscrets venus de l’extérieur. On était au rez-de-chaussé : pas d’escaliers, pas d’ascenseur, pas de panne d’ascenseur. Et un figuier au fond de la cour. Vous voulez voir ?

Il accompagnait dans la cour en commentant vaguement : en été, il est tout à fait possible de s’asseoir ici sur une chaise de jardin et de profiter du soleil. Ou de la soirée qui arrive. C’est vraiment agréable.

Il sortait déjà pour terminer la visite en serrant la main d’une poigne ferme et décidée.

Il reprendra contact.

Déjà il serrait avec la même conviction la main de la visiteuse suivante. Elle souriait et suivait en écoutant respectueusement les commentaires : l’appartement est au rez-de-chaussée : pas d’escaliers, pas d’ascenseur, pas de panne d’ascenseur.

juin 3, 2018

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