Work-life-balance

Il est venu avec comme on sort son chien lorsqu’il est bien dressé. Pour la frime. Pour montrer comment-qu’ils-sont-trop-beau et qu’ils lui appartiennent. Il y en avait deux. Blonds comme maman, qu’il avait amené aussi pour frimer un peu plus. Et puis parce qu’elle savait comment faire avec les petits.

Elle les avait habillé de la même manière, pour s’amuser des ressemblances et se jouer des étourdis. De son mari.

Il espérait qu’ils soient sages pour pouvoir en être fier longtemps encore. Vous ne pleurerez pas. Vous ne crierez pas. Vous serez doux et silencieux devant l’ensemble des collègues aux aguets. Et Papa pourra vous exhiber comme pièce à conviction d’un mariage réussi. D’un bout à l’autre du couloir et dans les différents open-space. Dans le silence du travail et les exclamations surfaites : qu’ils sont beaux !

Il taira les nuits blanches, les moments de doute, les biberons qui tombent, la fatigue qui broie, les sourires qui pleurent, les absences trop longues, les couches et les lessives qu’il ne savait pas et les difficultés qui vont par deux.

À l’instant où la porte sera passée, tout ira parfaitement bien et il sera l’exemple parfait d’un work-life-balance parfaitement assumé.

Il appellera l’un pour l’autre mais sa femme, douce et silencieuse, ne relèvera pas ce que les autres ignorent. Il tiendra fort la main d’un enfant qui se demandera qui est cette personne qu’il ne connaît pas. Il le déposera dans la poussette sans savoir comment faire pour l’attacher convenablement. Et sa femme suivra en souriant au hasard des pièces et des salutations échangées.

Il sera un véritable modèle pour tous ceux qui bientôt seront père et apprendront à faire semblant.

juin 10, 2018

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